IL EST TEMPS DE PRENDRE POSITION ET DE PRÉSERVER LA SOLIDARITÉ MONDIALE
En janvier, le gouvernement américain a annoncé la suspension de son aide extérieure, une décision qui marque une grave escalade dans la crise du multilatéralisme. Un décret intitulé « Réévaluation et réalignement de l’aide extérieure des États-Unis » a déclenché un « gel de 90 jours de l’aide américaine au développement afin d’évaluer l’efficacité des programmes et leur cohérence avec la politique étrangère des États-Unis », aux motifs que « le secteur et la structure bureaucratique de l’aide extérieure américaine ne sont pas alignés sur les intérêts des États-Unis et, dans de nombreux cas, s’opposent aux valeurs américaines ». Le document ajoute : « Elles servent à déstabiliser la paix mondiale en promouvant dans les pays étrangers des idées en opposition directe avec la constitution de relations harmonieuses et stables à l’intérieur et entre les pays », un argument qui renforce une approche obsolète et néocoloniale de l’aide dictée par les bailleurs de fonds. Elle accorde la priorité aux intérêts géopolitiques plutôt qu’à une véritable solidarité mondiale et à l’efficacité du développement.
Des mesures similaires de la nouvelle administration sur l’Accord de Paris pour le climat, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les négociations du traité fiscal des Nations unies et la diversité, l’égalité et l’inclusion (DEI) indiquent que le pouvoir politique de la superpuissance est non seulement peu intéressé par une alliance avec le reste du monde pour poursuivre des objectifs communs, mais qu’il n’a pas non plus l’intention de respecter les accords internationaux antérieurs, en particulier les normes et standards internationaux sur les droits de l’homme, si, selon sa propre interprétation, ceux-ci ne s’alignent pas sur les intérêts et les valeurs américains.
La coopération internationale au développement, en particulier l’aide publique au développement (APD), malgré les difficultés qu’elle rencontre, reste un pilier essentiel du développement mondial, en particulier pour les communautés les plus vulnérables. Les aspirations en faveur d’une architecture de l’aide résiliente face aux mesures unilatérales et de la création d’économies souveraines fortes dans les pays du Sud qui ne dépendent pas de l’aide restent valables et cruciales. Malheureusement, cette interruption soudaine met en péril des années d’investissement dans les droits de l’homme, la gouvernance et le progrès social, tout en sapant les engagements internationaux en faveur des objectifs de développement durable (ODD).
En tant que plateforme mondiale de la société civile, le POED reste fidèle à son mandat de promotion d’une coopération efficace au développement qui place les personnes et leurs droits au centre de ses préoccupations. Nous croyons que des réformes notables dans l’architecture du développement international ne peuvent se produire que dans le cadre d’un consensus multilatéral d’actions en faveur d’un avenir meilleur pour tous, qui trouve son expression dans les ODD. Or, les décisions unilatérales susmentionnées contredisent les principes fondamentaux de l’efficacité (tels que l’appropriation, la transparence, la responsabilité, le partenariat et l’accent mis sur les résultats), vont à l’encontre du consensus international et remettent en cause l’hypothèse de base d’une convergence des intérêts, des valeurs et de notre avenir. La question qui se pose est de savoir si l’intérêt d’un pays à s’isoler du reste du monde n’est pas un écran de fumée pour masquer les intérêts géopolitiques militaires et commerciaux de la minorité la plus riche et la plus puissante.
L’arrêt de la quasi-totalité des activités humanitaires et de développement financées par les États-Unis met en péril des millions de vies et de moyens de subsistance et en perturbe d’autres, ce qui crée un précédent regrettable, dont les répercussions devraient se propager à l’ensemble du système de coopération internationale au développement, comme d’aucuns le prédisent. En outre, si rien ne vient briser cet élan, ces actions risquent d’anéantir les acquis en matière de droits de l’homme et de normes de développement enregistrés au fil d’années de lutte des peuples et de solidarité internationale.
Par conséquent, le POED appelle la communauté internationale — les États membres des Nations unies et tous les acteurs du développement — à prendre une position ferme et coordonnée contre cette suspension de l’aide par les États-Unis et à réaffirmer leur engagement à ne laisser personne pour compte. Il urge de susciter un engagement stratégique des partenaires au développement, des mécanismes de financement alternatifs et d’insuffler un nouvel élan à la coopération multilatérale pour atténuer les répercussions de cette décision.
Nous invitons également le peuple américain à demander des comptes à son gouvernement pour ses décisions qui mettent en péril des millions de vies et affaiblissent les partenariats mondiaux bâtis au fil des décennies. Nous croyons que de nombreux Américains attachent toujours de l’importance à la solidarité internationale et aux principes fondamentaux de la dignité humaine et de la coopération.
L’heure est à l’action collective. Nous devons préserver des décennies d’acquis durement obtenus en matière de développement contre des décisions politiques arbitraires à court terme. La société civile, les gouvernements et les partenaires au développement doivent travailler ensemble pour défendre les principes de justice, de solidarité et de progrès pour tous.#

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