Rétrécissement des espaces civiques : les défis auxquels nous faisons face

Dans le monde entier, une tendance alarmante au rétrécissement des espaces civiques se développe aujourd’hui. De l’Amérique latine au Pacifique, les défenseurs des droits humains sont pris pour cible et sanctionnés par les gouvernements, souvent de mèche avec les entreprises.

Parmi les victimes des attaques croissantes contre la société civile, on compte des organisations communautaires, des associations professionnelles, des groupes de défense des droits, des instituts de recherche et des groupes confessionnels, entre autres entités travaillant dans des domaines tels que les droits fonciers, la conservation de l’environnement, la réponse humanitaire, les droits des peuples autochtones, l’égalité des sexes, la transparence et la responsabilité, le journalisme alternatif et la réforme de la santé, de l’éducation et du logement.

Répression ouverte ou déguisée

Les attaques revêtent différentes formes : des actions juridiques stratégiques visant à restreindre la participation du public et les activités quotidiennes des organisations, aux campagnes de diffamation qui présentent la résistance légitime comme antipatriotique, terroriste ou anti-développement, en passant par des cas flagrants de violence physique contre leurs membres et leurs dirigeants.

Au Brésil, 57 agriculteurs ont été tués l’année dernière et ce nombre devrait augmenter avec l’élection du président Jair Bolsonaro. Son régime a créé un environnement encore plus dangereux pour les défenseurs des droits, avec ses déclarations haineuses contre les critiques et sa collusion avec des propriétaires, des éleveurs et des compradors de l’agroalimentaire réactionnaires.

Les paysans, les communautés indigènes et les militants cambodgiens sont eux aussi harcelés, arrêtés ou tués lorsqu’ils participent à des actions visant à faire valoir leurs droits, en particulier contre les entreprises publiques et privées qui s’emparent des terres.

Le même phénomène a été observé aux Philippines, en Inde, en Indonésie, en Papouasie occidentale, en Turquie, au Kenya, au Nigeria, en Égypte et dans d’autres pays et territoires : les progressistes sont enlevés, détenus illégalement, torturés ou assassinés, dans de nombreux cas par des membres de la police et des forces militaires, et en particulier après avoir été étiquetés comme terroristes.

Pour les organisations de la société civile (OSC), les mesures de répression secrètes comprennent des formalités administratives, une surveillance étroite et des charges administratives déguisées en exigences de transparence et de responsabilité, mais destinées à les empêcher d’obtenir un enregistrement légal, de rejoindre des réseaux et des coalitions, d’obtenir des financements de donateurs étrangers et, bien souvent, d’opérer là où ils sont le plus nécessaires.

Menace pour les droits humains et la démocratie

Cette tendance mondiale est une menace pour l’exercice des droits humains et la notion de société démocratique. Après tout, les espaces civiques sont des lieux de lutte où les OSC, les défenseurs des droits et les membres des communautés eux-mêmes peuvent faire le point sur l’évolution de la situation, s’organiser et exprimer leur désaccord.

Dans les démocraties, ces espaces sont censés être des lieux sacrés où les gouvernés peuvent demander réparation de leurs griefs contre leurs dirigeants et réclamer de meilleures politiques, une meilleure gouvernance et, par conséquent, de meilleures vies.

L’assaut des politiques néolibérales qui visent à faciliter l’entrée des entreprises partout dans le monde – des zones de biodiversité au secteur des services sociaux – est directement lié à ce schéma global de réduction des espaces civiques. Dans ce contexte, les hommes politiques et les gouvernements sont souvent les mêmes entités qui défendent les intérêts des entreprises, ce qui leur permet d’être moins responsables vis-à-vis des communautés dont ils tirent des ressources.

Les dirigeants ont le devoir de protéger ces espaces, qui ne peuvent exister sans ces libertés fondamentales : le droit à la liberté d’expression, de réunion pacifique, d’association et de participation aux affaires publiques. Lorsque celles-ci sont mises en péril, les gens ne peuvent pas lutter efficacement pour leurs droits civils, culturels, économiques, politiques et sociaux, pour de meilleurs services sociaux qui auraient assuré la pleine réalisation de leur potentiel humain.

L’assaut des politiques néolibérales qui visent à faciliter l’entrée des entreprises partout dans le monde – des zones de biodiversité au secteur des services sociaux – est directement lié à ce schéma global de réduction des espaces civiques. Dans ce contexte, les hommes politiques et les gouvernements sont souvent les mêmes entités qui défendent les intérêts des entreprises, ce qui leur permet d’être moins responsables vis-à-vis des communautés dont ils tirent des ressources.

Résister, riposter

Au milieu de ce rétrécissement des espaces civiques infligé par le Capital, de nombreux membres de la société civile, animés d’une volonté bien intentionnée de continuer à servir leurs électeurs, ont essayé de s’adapter à la « nouvelle normalité ».

Certaines de leurs mesures d’adaptation consistent à s’entraîner discrètement à gérer des responsabilités fiduciaires déraisonnables, à garder profil bas dans les communautés, à choisir d’autres zones d’opération moins risquées, à éviter certains partenaires locaux stigmatisés, à opter pour des programmes à court terme plutôt que pour des programmes soutenus, ou à modifier de manière créative la structure juridique de leur organisation.

Cependant, avec le capitalisme qui poursuit la course au profit à une échelle sans précédent dans l’histoire, les sociétés civiles du monde entier ne peuvent qu’attendre des entreprises et de leurs alliés au sein du gouvernement qu’ils trouvent de nouveaux moyens de restreindre encore plus les espaces civiques. Ils ne sont pas près de s’arrêter, et d’un autre point de vue, on peut même dire qu’ils ne font que commencer.

Au lieu de rester silencieux et de s’adapter sur le plan organisationnel pour rester dans les bonnes grâces des pouvoirs en place, les membres de la société civile peuvent s’attendre à des gains plus importants et plus durables en matière de solidarité en faisant preuve d’une résistance active à tous les actes qui menacent les espaces civiques. Le chemin des courageux consiste à serrer les rangs, à tenir la ligne de front et à repousser, et nous le savons tous : l’histoire favorise les courageux.

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